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17 Septembre 2013
CRIS, Laurent Gaudé, Le livre de poche, 2008, 182 pages. Des hommes dans les tranchées qui parlent, se battent, meurent. On touche à la folie de la Grande Guerre, ses absurdités de devoir faire massacrer des bataillons entiers pour gagner quelques dizaines de mètres, la folie aussi qui s'empare des hommes comme celle de l'homme cochon. Ces hommes ont des noms différents mais on a presque l'impression qu'ils sont interchangeables ou que c'est une seule et même personne. La parole est brève souvent dure, elle s'accorde à la situation intenable, à la mort. En même temps, les soldats prennent soin les uns des autres, s'inquiètent du moment où l'autre va mourir. J'ai souvent pensé durant cette lecture au poème de Robert Desnos "La Voix" qui évoque lui-aussi ces hommes qui meurent sur le champ de bataille mais qui existent encore pour celui qui sait les écouter. Gaudé évoque ces morts qui parlent encore, ici on pourrait dire qui gueulent encore, car le bruit est toujours présent celui des armes et celui des hommes. Il semble qu'il n'y ait plus de frontière entre les morts et les vivants qui sont tous réunis, soumis à la volonté de l'ogre, qui sont même devenus "les fils de l'ogre", prêt à engloutir toutes ces victimes qui lui sont sacrifiées. Un bémol, et pourtant Laurent Gaudé reste un de mes auteurs chouchous, à force de vouloir atteindre l'universalité de ces soldats, ils perdent de leur chair, on ne les distingue plus et j'ai eu du mal à m'attacher à eux. Dans un autre registre qui est pour moi une référence en matière de témoignage sur la guerre, Cendrars dans La Main coupée trace le portrait de ses compagnons de tranchées. Chacun prend vie devant nous et ce ne sont plus des matricules mais bien des hommes dans leur fragilité et leur unicité. J'aurais aimé un peu plus de matière concernant ceux qui parlent.