Partages de livres, de lectures, d'écritures
27 Janvier 2014
AU REVOIR LA-HAUT, Pierre Lemaître, Albin Michel, 2013, 564 pages Un énième roman sur la Grande Guerre, mais celui-ci vaut la peine d'être lu. S'il a obtenu le prix Goncourt, pour une fois, ce n'est pas pour rien. C'est à la fois une chronique de la guerre, des tranchées, mais avec des personnages très hauts en couleur et des situations très originales. Le début se passe en première ligne entre trois soldats : Albert Maillart, Édouard Péricourt et Henri d'Aulnay-Pradelle. Albert est un brave gars, un peu épais, sous le joug d'une mère autoritaire et castratrice. Edouard, c'est le fils de famille riche, révolté et artiste. Et Pradelle est un salaud de la pire espèce. Ces trois-là se retrouvent au front, dans la boue et l'atrocité. Leurs destins vont être imbriqués et ils vont se retrouver tout au long de leurs existences, dans des rôles différents mais toujours avec le même type de relation. C'est une sorte de fresque ayant pour fond les années d'après-guerre, le milieu cynique de la grande finance, tous les nouveaux riches qui ont su profiter de la détresse des familles pour asseoir des fortunes sales. Entre Albert et Édouard se crée une amitié à la limite du lien amoureux, fraternel, familial et ils ont une idée géniale mais dangereuse pour se sortir de la misère. Pradelle s'affronte à son beau-père, un magnat de la finance, en voulant à tout prix croquer le maximum de fric, il apprendra que dans ce milieu, les requins nagent en grand nombre. Un beau roman, des personnages bien campés, une intrigue faite de rebondissements et d'une grande force. Et en plus, c'est bien écrit, sans affectation, avec le sens de la formule, une écriture facile à lire mais qui révèle une réflexion aiguisée sur la nature humaine.
...tout est beau chez les riches, se dit Albert, même les pauvres.
Un artiste est un rêveur, donc un inutile.
Perdre, c'est être humain.