Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par virago

Je viens percer un coeur que j'adore, qui m'aime
BERENICE, Jean Racine, Librio, 2013, 66 pages.

La tragédie, comme disait Anouilh je crois, c'est reposant car quoiqu'il se passe, ça finit mal. Il n'y a plus qu'à regarder les personnages se débattre jusqu'au drame final. Bérénice aime Titus, Titus aime Bérénice, jusque là tout va bien, ils sont jeunes, ils sont empereur et reine, ils vont s'aimer. Eh non, c'est sans compter le destin qui s'acharne sur eux, le devoir qui est plus important que le sentiment. Titus va devoir renvoyer Bérénice car Rome voit d'un mauvais œil cette alliance. Pour parachever le tout, Antiochus aime lui-aussi Bérénice, il se tait pour ne pas gâcher la relation entre elle et Titus. On pourrait croire que du coup, tout s'arrange pour Antiochus qui va réconforter la reine et qu'ensuite il pourra vivre son amour. Là encore, impossible, ce serait trop simple et surtout contraire à la bienséance. Et c'est Bérénice qui prend la décision finale (quelle femme!) de renoncer à l'amour de chacun des deux hommes pour vivre avec honneur. Tous se déchirent avec conscience, tous pleurent et tous sont malheureux.

Je me demande comment on a pu avoir envie d'inventer et de lire ou représenter des histoires où le malheur est le personnage central. La tragédie exalte les degrés les plus hauts de l'âme humaine en regardant des hommes et des femmes avancer jusqu'à leur perte sans aucune échappatoire. Pourquoi aimons-nous cela? Parce que nous nous sentons protégés dans notre petite vie banale? Parce que nous regardons avec plaisir les autres tomber? Parce que nous compatissons et partageons un destin? Sans doute tout cela à la fois. Même si la tragédie classique n'est plus tout à fait au goût du jour, le texte fonctionne toujours car c'est extrêmement bien écrit et que les émotions et les déchirures sont présentes malgré les siècles de décalage.
Cette pièce participe au challenge Un classique par mois chez Mille et une pages

Cette pièce participe au challenge Un classique par mois chez Mille et une pages

Commenter cet article