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Publié par virago

"On joue face à d'autres acteurs vides..."
LA PETITE COMMUNISTE QUI NE SOURIAIT JAMAIS, Lola Lafon, Babel Actes Sud, 2014, 309 pages
Toutes les filles de mon époque connaissent le nom de Nadia Comaneci, c'est d'ailleurs souvent le seul nom de gymnaste que l'on connait. Cette gamine qui a accompli ce qu'aucune autre avant elle n'avait réussi: obtenir un 10, la note reine, lors d'une compétition de gymnastique. L'auteure ne prétend pas produire une biographie authentique de la célèbre sportive, elle invente un dialogue entre elles qui remplit les zones d'ombre. Et il y en a. Comment peut-on obtenir de telles performances de la part d'une aussi jeune fille? Qu'est-ce qui motive Nadia et lui confère son caractère intouchable? Comment un régime totalitaire peut-il utiliser une pauvre gosse pour en faire une égérie nationale et un symbole de suprématie politique? Le roman parcourt de multiples pistes, émaillées de commentaires de la narratrice et d'annotations prêtées à Nadia elle-même. C'est à la fois réaliste, fictif, cruel et émouvant. L'hommage rendu à Comaneci, à sa gloire met aussi en lumière les faiblesses de l'être humain: failles du corps qui est programmé pour être une machine à gagner mais qui finira par trahir, failles de l'âme de celle qui après avoir docilement servi la dictature de Ceausescu finira par partir en Amérique. Cette espèce de fascination glauque pour les corps puérils et pourtant terriblement tentants de ces bébés gymnastes. Lola Lafon pose aussi la question de ceux qui après avoir été des idoles ne sont redevenus que de simples mortels. Passionnant (même pour ceux que la gym laisse de marbre)

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