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Publié par virago

"... un oeil qui casse le bois et l'autre qui le range..."

GRAND CIRQUE TADDEI, Andrea Camilleri, Fayard, 2014, 306 pages, traduction Dominique Vittoz.

L'écriture de Camilleri est extraordinaire: c'est un mélange de dialecte, d'expressions imagées et drôles, de créations. Une langue unique et vivante qui recréé à elle seule un monde étonnant. Je tire d'ailleurs mon chapeau à Dominique Vittoz qui en tant que traducteur ne doit pas rigoler tous les jours pour garder ce rythme et cet humour mais qui y réussit formidablement. Dans ce recueil de huit nouvelles, le lecteur est de retour à Vigàta, cette ville imaginaire chère à l'auteur. Nous sommes sous l'Italie fasciste. Les personnages sont des gens du commun mais à qui il arrive des aventures cruelles, grinçantes et toujours jubilatoires. Et tout ce cirque s'anime sous la plume de l'auteur et me procure une grande joie. Camilleri brosse des portraits hauts en couleur, comme celui de Ciccino Firrera dit P'tit Raffiot, tailleur nabot et boiteux, que les membres de l'association des femmes fascistes emploient pour coudre leurs robes et bien d'autres choses encore. Ou comme Ninuzzo Langanà qui se marie sur les prières de sa tante alors qu'il n'a aucun goût pour le beau sexe et à qui le merle parleur qu'on lui a offert en raconte de belles sur sa femme. On retrouve toute une ambiance de village où les "limes douces" vont bon train, où les "canantes" trompent leurs maris, où les chefs de la mafia locale se font berner, où les dirigeants du parti fasciste se querellent comme des collégiens. Chaque nouvelle est savoureuse, j'ai une tendresse particulière pour "La conjuration" qui m'a fait bien rire tout en dévoilant des bassesses de l'âme humaine et "Fin de mission" pour le clin d'œil à la foi religieuse.

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