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Publié par virago

"Sommeil + CA=cauchemars. Sang. Horreur."

LE JOURNAL MALGRE LUI DE HENRY K. LARSEN, Susin Nielsen, Helium / Actes Sud, 2013, 239 pages, traduction Valérie Le Plouhinec

Henry après "ça " parle comme un robot, il déménage à Vancouver car il ne pouvait plus rester à Port Salish. Sa mère y est restée, elle habite maintenant dans un hôpital psychiatrique. Henry et sa famille sont complétement déglingués après ce que Jesse, le frère, a fait. Henry doit consulter un psy, un vrai ringard nommé Cecil qui lui a donné un cahier, pour qu'il puisse y noter ses émotions et ce qu'il veut de sa journée. "Complètement débile ce journal" pense Henry, et pourtant il note et chaque jour le lecteur découvre à travers le journal l'horrible réalité de ce qui est arrivé à Jesse et les raisons qui l'ont poussé à commettre l'irréparable.

Une histoire dure, violente, vue non pas à travers les yeux de celui qui agit mais par ceux de celui qui reste et qui doit vivre avec ses questions. Susie Nielsen est du côté des loosers et Henry et surtout son frère en font partie. Elle avait d'ailleurs déjà travaillé ce thème dans son roman Moi Ambrose roi du scrabble auquel elle fait quelques clins d'œil ici. Henry a d'abord honte des copains qu'il arrive à se faire dans son nouveau collège, du groupe de "Que le meilleur gagne", il voudrait être avec les garçons populaires mais il sait que c'est impossible que la loi du plus fort qui règne est immuable. Je m'interroge beaucoup sur l'omniprésence du thème du harcèlement dans les romans jeunesse, il faut dire que par hasard je viens d'en lire deux coup sur coup (voir La fille seule dans le vestiaire des garçons). Est-ce que cela fait référence à un fait de notre société actuelle? Si je pense à L'Enfant de Jules Vallès ou à la nouvelle Le Papa de Simon de Maupassant, il faut croire que non. Ce phénomène est sans doute amplifié par les réseaux sociaux et la facilité de poursuivre les brimades même quand la victime est réfugiée chez elle. Mais ce qui m'interroge davantage c'est la reproduction de ce mécanisme à l'adolescence, souvent le fait de garçons d'ailleurs qui doivent avoir envie de se prouver leur virilité en désignant un plus faible sur qui déverser sa haine. Henry dépeint avec beaucoup de force la descente aux enfers que cela procure, la victime devient une bête traquée qui va accepter ce qu'on lui fait subir jusqu'au point où cela devient intolérable. Le journal d'Henry montre aussi l'impuissance des adultes (parents et enseignants) qui ne voient pas ou ne veulent pas voir ce qui se passe, ou pire qui se placent dans le camp des plus forts parce que c'est plus facile. Heureusement dans toute cette noirceur, il y a une place pour l'espoir. Henry va le découvrir souvent sous des formes peu attendues, chez des personnages donnés pour perdants. J'aime bien chez Nielsen cet humour un peu noir, ce décalage des situations qui font que finalement le vrai looser n'est pas celui qu'on croit.

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